Formation et handicap : dispositifs de financement et acteurs clés pour un parcours inclusif

par | 29 Mar 2025 | CPF, Handicap

En tant que centre de formation ou formateur, vous êtes en première ligne pour accompagner les personnes en situation de handicap (PSH) dans leur parcours de montée en compétences. Pourtant, près de 10 à 20 % de ces apprenants déclarent rencontrer des difficultés d’accès à la formation professionnelle. Or, se former reste un levier essentiel pour sécuriser un contrat de travail, accéder à une rémunération stable ou réussir une reconversion.

Face à la diversité des profils et des besoins, il est crucial de connaître les dispositifs de financement mobilisables, les acteurs clés à solliciter, ainsi que les démarches à initier. Du compte personnel de formation (CPF) aux aides de l’AGEFIPH, en passant par les OPCO ou les programmes régionaux, un véritable écosystème d’aides est à votre disposition pour faciliter l’accès à la formation et l’adapter aux spécificités de vos stagiaires.

Ce guide vous apporte une vision claire et actualisée des leviers à activer pour sécuriser les parcours, rendre vos formations plus inclusives et contribuer concrètement à l’égalité des chances.

Les enjeux de la formation pour les personnes en situation de handicap

Pour de nombreuses personnes en situation de handicap, la formation professionnelle représente à la fois une opportunité de se reconvertir, de progresser dans leur carrière, ou encore de consolider leurs compétences pour rester performantes dans leur poste. Cependant, le handicap peut impliquer des besoins spécifiques, notamment en matière d’aménagement de poste ou d’adaptation des supports de cours. Des contraintes financières peuvent également s’ajouter, puisque certaines formations, en particulier si elles nécessitent un matériel adapté, peuvent être plus onéreuses qu’une formation classique.

Dès lors, les dispositifs de financement jouent un rôle primordial : en réduisant, voire en annulant, la part du coût à la charge du bénéficiaire, ils permettent une véritable égalité d’accès à la formation. Mais plus qu’une simple participation financière, ces aides couvrent aussi la mise en accessibilité des outils, des locaux ou encore la présence d’un assistant spécialisé (par exemple, un interprète en langue des signes ou un formateur spécialisé). Dans ce sens, le financement ne vise pas uniquement à diminuer une barrière budgétaire, mais bien à garantir la faisabilité de la formation dans des conditions optimales.

Les dispositifs de financement : panorama général

Il existe une grande diversité de dispositifs mobilisables en France pour financer la formation des personnes en situation de handicap :

  • L’AGEFIPH (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées) : historiquement dédiée aux travailleurs handicapés du secteur privé, l’AGEFIPH finance des actions d’adaptation et de formation. Elle peut intervenir en complément d’autres dispositifs (comme le CPF) pour couvrir les coûts spécifiques liés au handicap.

  • Le FIPHFP (Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) : conçu sur le même modèle que l’AGEFIPH, mais pour les agents du secteur public, il propose des aides pour financer des formations et des aménagements destinés aux agents en situation de handicap dans les administrations, collectivités territoriales et établissements publics.

  • Les OPCO (Opérateurs de Compétences) : ces structures gèrent, au nom des entreprises, les fonds dédiés à la formation professionnelle. Ils peuvent financer tout ou partie des frais de formation, y compris pour les salariés en situation de handicap, dès lors que la formation répond à des objectifs précis, tels que le maintien dans l’emploi, la reconversion ou l’évolution professionnelle.

  • Les aides régionales et locales : beaucoup de Régions proposent des programmes de financement en lien avec les besoins locaux. Cela peut concerner des secteurs en tension (par exemple, la santé, le numérique ou la transition écologique) et des publics prioritaires, dont font souvent partie les personnes en situation de handicap.

  • Les dispositifs de Pôle emploi (France Travail) : l’organisme public peut aussi financer des formations pour les demandeurs d’emploi en situation de handicap, via l’AFC (Action de Formation Conventionnée), la Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POEI) ou encore l’AFPR (Action de Formation Préalable au Recrutement).

Conditions d’éligibilité et critères d’accès

La plupart de ces dispositifs exigent la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Cette reconnaissance, délivrée par les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH), est la première étape pour accéder aux aides de l’AGEFIPH ou du FIPHFP. Dans le cas des salariés, l’entreprise peut également être sollicitée pour cofinancer la formation, notamment dans le cadre du plan de développement des compétences, ou via les abondements CPF.

Les OPCO disposent de leurs propres critères de prise en charge. Par exemple, ils peuvent accorder un budget plus important pour une formation destinée à sécuriser le parcours d’un salarié menacé par l’évolution technologique ou l’apparition de nouvelles méthodes de travail. L’obtention de financements complémentaires (comme ceux de l’AGEFIPH) nécessite souvent un dossier détaillé : devis de formation, justificatif de RQTH, et parfois un projet professionnel formalisé.

Le rôle déterminant des MDPH

Les MDPH ne financent pas directement la formation, mais elles sont un acteur central dans l’orientation et l’information des personnes handicapées. Elles instruisent les dossiers de RQTH, qui ouvrent la voie à l’accès aux différents dispositifs. Elles peuvent aussi fournir des conseils sur les aides techniques nécessaires ou orienter vers un référent handicap spécialisé.

Lorsqu’il s’agit de formation, une bonne collaboration entre la MDPH, l’employeur et l’organisme de formation est souvent essentielle. Par exemple, si un apprenant a besoin d’un espace de formation adapté à un fauteuil roulant, ou de supports numériques spécifiques, cette information doit circuler dès le montage du projet.

Exemples d’adaptations et de financements ciblés

  • Formation qualifiante en reconversion : une personne qui, pour des raisons de santé, ne peut plus exercer son métier initial, peut mobiliser son CPF et demander un abondement AGEFIPH pour couvrir les aménagements nécessaires. Les OPCO peuvent également intervenir pour prendre en charge partiellement la formation si celle-ci est jugée pertinente pour l’employabilité future.

  • Adaptation de la formation en centre : au-delà du financement de la formation en elle-même, l’AGEFIPH ou le FIPHFP peuvent couvrir l’achat de matériel spécialisé (synthèse vocale, claviers ergonomiques, etc.) ou de prestations d’accompagnement (interprète en LSF, vélotypie, sous-titrage).

  • Aide au transport et à l’hébergement : si la formation se déroule loin du domicile du bénéficiaire, il est possible d’obtenir une aide financière pour couvrir les frais de déplacement ou d’hébergement adaptés (chambre accessible, accompagnement pendant le transport, etc.).

Comment optimiser son dossier de financement ?

Pour maximiser ses chances d’obtenir un financement, il est crucial de constituer un dossier solide. Cela suppose de :

  • Clarifier son projet : expliquer la finalité de la formation, comment elle s’inscrit dans une démarche globale d’insertion ou de maintien dans l’emploi, et quels bénéfices elle apportera.

  • Chiffrer précisément les coûts : l’organisme financeur veut savoir à quoi correspond le financement demandé. Il est donc indispensable de fournir un devis complet incluant la formation, les adaptations et tout autre frais (déplacement, matériel, etc.).

  • Joindre les justificatifs nécessaires : attestation RQTH, éventuelles évaluations médicales, documents prouvant la pertinence de la formation.

  • Faire valider son dossier par un référent handicap ou un conseiller en évolution professionnelle : ces spécialistes peuvent aider à peaufiner la demande et à repérer d’éventuels financements complémentaires.

Un écosystème d’aides à coordonner

Le financement de la formation des personnes en situation de handicap est un sujet large et complexe, mais qui offre de nombreuses opportunités. L’existence de différents acteurs et mécanismes permet de construire un parcours souvent personnalisé, en fonction des besoins de chacun. Toutefois, la coordination entre les différents dispositifs (CPF, AGEFIPH, OPCO, aides régionales, etc.) est une étape cruciale pour éviter les chevauchements ou les lacunes de financement.

En définitive, l’information et l’anticipation sont les maîtres-mots : plus on se renseigne tôt sur les possibilités de prise en charge et sur les modalités administratives, plus on multiplie ses chances de voir son projet aboutir dans des conditions optimales. Les personnes en situation de handicap disposent ainsi d’un véritable éventail de solutions pour accéder à la formation professionnelle et évoluer sereinement sur le marché du travail.

Perspectives d’avenir et dynamiques d’évolution

Le paysage de la formation et du financement pour les travailleurs handicapés évolue sans cesse. D’un côté, la numérisation des formations permet à certains bénéficiaires de suivre des parcours à distance, ce qui peut être un atout considérable pour contourner les problèmes de mobilité ou de fatigue. De l’autre, les réformes successives du système de formation professionnelle en France impliquent que des règles de financement, de plafonds ou d’éligibilité peuvent changer régulièrement.

Cette évolution permanente encourage à rester en veille sur les annonces gouvernementales, les initiatives régionales ou encore les innovations technologiques dédiées à l’accessibilité. Des plateformes numériques se développent pour répertorier de manière plus simple et exhaustive les aides disponibles. Dans le même temps, les référents handicap voient leur rôle se renforcer, afin de faciliter la mise en relation entre bénéficiaires et organismes financeurs, et de promouvoir des parcours de formation plus fluides.

Enfin, les entreprises ont un rôle central à jouer pour encourager et financer la formation de leurs salariés en situation de handicap. Certaines grandes structures intègrent cet objectif dans leur politique de responsabilité sociétale (RSE) et proposent des programmes sur-mesure, intégrant tutorat, mentorat et aménagements spécifiques. À terme, on peut espérer que cette dynamique se généralise, permettant à chacun de disposer de formations de qualité, sans que le handicap constitue un frein à l’apprentissage et à l’évolution professionnelle.

Financement de la formation et handicap : comment les centres peuvent agir concrètement

Les dispositifs de financement pour les personnes en situation de handicap représentent une réelle opportunité pour les organismes de formation : ils permettent non seulement de lever des barrières budgétaires, mais aussi d’adapter les contenus, outils et modalités pédagogiques pour garantir un apprentissage efficace.

En tant que professionnel de la formation, votre rôle est central. Vous pouvez guider vos apprenants dans la mobilisation de leur compte CPF, les aider à identifier les aides mobilisables via les OPCO, l’AGEFIPH ou Pôle emploi, et participer activement à la construction d’un projet cohérent en lien avec leur contrat de travail ou leur projet de reconversion.

En intégrant systématiquement la question de l’accessibilité et en vous appuyant sur des partenariats solides (référents handicap, MDPH, CEP…), vous contribuez à faire de la formation un véritable levier d’autonomie, de montée en compétences, et d’accès à une rémunération plus pérenne pour tous vos publics.

L’inclusion passe aussi par vous. En vous tenant informé des dispositifs, en adaptant vos pratiques, et en coordonnant efficacement les parties prenantes, vous devenez un acteur clé d’un parcours de formation plus juste et plus humain.

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