En tant qu’organisme de formation ou formateur, vous êtes en première ligne pour favoriser l’accès aux droits à la formation, y compris pour les personnes en situation de handicap. Pourtant, ces publics rencontrent encore trop souvent des freins liés aux coûts, aux aménagements nécessaires ou au manque d’informations sur les possibilités de financement.
Pourtant, le cadre légal est clair : toute personne dispose du droit de se former tout au long de sa vie, et ce droit s’applique pleinement aux apprenants en situation de handicap. À vous de jouer un rôle actif dans la mobilisation des bons dispositifs, dans le respect des contraintes de temps, de contrat, et avec une attention particulière portée aux montants mobilisables.
Le CPF, les abondements complémentaires (AGEFIPH, OPCO, employeurs, régions…), les programmes d’insertion comme la POEI ou l’AFPR sont autant de leviers qu’il est possible d’activer. Cet article vous propose un panorama structuré et concret de ces dispositifs, avec un objectif : vous permettre de mieux accompagner vos publics vers une montée en compétences inclusive et adaptée.
Le CPF : un outil universel et personnalisable
Le Compte Personnel de Formation (CPF) est souvent le point de départ pour financer tout ou partie d’une formation. Depuis 2019, il est crédité en euros (et non plus en heures), ce qui facilite la lecture de son solde disponible. Pour les personnes en situation de handicap, le CPF représente un levier d’autant plus crucial qu’il peut être abondé par d’autres organismes afin de couvrir les surcoûts liés au handicap.
Par exemple, une personne malentendante souhaitant suivre une formation en présentiel peut avoir besoin d’un interprète en langue des signes. Le coût de cette prestation peut être partiellement ou totalement couvert, au-delà du crédit CPF, grâce à l’intervention de l’AGEFIPH ou d’un OPCO. Cette flexibilité rend possible l’accès à des formations qui, autrement, seraient inenvisageables sur le plan financier ou logistique.
Les abondements : comment en bénéficier ?
Lorsqu’un bénéficiaire ne dispose pas d’assez de fonds sur son CPF, il peut faire une demande d’abondement. Ces abondements sont des compléments financiers octroyés par différents acteurs :
- L’AGEFIPH : elle propose des aides spécifiques pour adapter la formation aux besoins du stagiaire en situation de handicap (supports pédagogiques, matériel adapté, etc.). Elle peut aussi prendre en charge une partie supplémentaire du coût pédagogique si la formation dépasse le budget CPF disponible.
- Les OPCO : lorsqu’il s’agit de salariés, l’OPCO de branche est un interlocuteur de choix. Il peut abonder le CPF pour des formations jugées stratégiques, par exemple dans un secteur en pleine évolution. Les travailleurs handicapés sont considérés comme un public prioritaire, ce qui peut faciliter l’obtention de ces abondements.
- L’employeur : dans le cadre du plan de développement des compétences, l’employeur peut décider d’apporter un soutien financier. C’est notamment le cas s’il souhaite que son salarié suive une formation spécifique pour se maintenir dans l’emploi ou évoluer en interne.
Pour bénéficier d’un abondement, il est indispensable de monter un dossier solide, comprenant notamment un devis de la formation, une attestation RQTH et une description précise des aménagements nécessaires. Le rôle du conseiller en évolution professionnelle ou du référent handicap est souvent déterminant pour orienter vers les bonnes sources de financement.
3. Mobiliser concrètement son CPF : les étapes
- Création ou activation du compte : tout se fait en ligne, via le portail “Mon Compte Formation” ou son application. L’utilisateur peut y consulter son solde et rechercher des formations éligibles.
- Choix de la formation : la plateforme recense des milliers de formations. Pour les personnes en situation de handicap, il peut être pertinent de vérifier en amont l’accessibilité des locaux et la possibilité d’adaptations pédagogiques.
- Demande de financement : une fois la formation sélectionnée, on fait une demande directement sur le site. Si le coût dépasse le crédit disponible, la plateforme invite à rechercher des abondements ou à contacter des financeurs potentiels (AGEFIPH, OPCO, etc.).
- Validation et inscription : lorsque le financement est validé, l’utilisateur peut finaliser son inscription. Il est recommandé de rester en contact avec l’organisme de formation pour affiner les modalités d’accueil et d’aménagement.
L’AGEFIPH : un accompagnement au-delà du financement
L’AGEFIPH n’est pas uniquement un financeur. Elle propose également un accompagnement global pour les personnes handicapées, par le biais de conseillers, de référents handicap et de dispositifs d’accompagnement renforcé. L’objectif est de sécuriser tout le parcours de formation : depuis l’identification des besoins jusqu’à l’adaptation du poste de travail à l’issue de la formation.
Par exemple, un travailleur en reconversion peut avoir besoin d’une formation plus longue et plus coûteuse qu’une simple formation d’ajustement de compétences. L’AGEFIPH peut alors intervenir pour couvrir la partie du programme qui répond spécifiquement au handicap, et orienter vers des partenaires pour le reste. C’est cette approche personnalisée qui fait de l’AGEFIPH un acteur crucial : elle considère chaque situation dans sa globalité et mobilise un réseau de partenaires.
Le rôle des employeurs dans le financement de la formation
Les employeurs jouent un rôle majeur. D’abord parce qu’ils ont une obligation légale de participer à la formation de leurs salariés, mais aussi parce qu’ils peuvent être directement touchés par les enjeux de l’inclusion. Un salarié en situation de handicap peut nécessiter une formation pour s’adapter aux évolutions de son métier, ou pour accéder à un nouveau poste plus compatible avec ses capacités.
Pour encourager cette démarche, des aides sont accordées aux employeurs. L’AGEFIPH propose par exemple des aides à l’embauche ou à l’alternance pour les personnes en situation de handicap, ce qui inclut fréquemment un volet formation. Les OPCO incitent aussi les entreprises à investir dans la formation de leurs salariés handicapés, notamment en facilitant le financement. Pour l’employeur, c’est un investissement rentable, car un salarié mieux formé est généralement plus productif, plus autonome et mieux intégré dans l’équipe.
Les aides régionales et les initiatives locales
Au-delà des structures nationales, il est important de souligner l’apport de certains dispositifs régionaux. Les Conseils Régionaux financent souvent des formations dans les secteurs qu’ils estiment porteurs : numérique, santé, transition écologique, tourisme, etc. Les personnes en situation de handicap peuvent prétendre à ces financements, parfois renforcés par des subventions supplémentaires pour aménager la formation.
Dans le domaine local, certaines associations, fondations ou collectifs peuvent aussi apporter leur concours. Par exemple, il existe des structures spécialisées dans la réinsertion des personnes handicapées qui proposent des sessions de formation avec un accompagnement psychosocial. On retrouve également des associations de patients ou de personnes atteintes d’un handicap particulier qui développent leurs propres réseaux de formateurs et de financeurs.
Programmes de reconversion et aménagements spécifiques
Parmi les dispositifs particulièrement utiles pour les personnes en situation de handicap qui souhaitent changer de voie, on retrouve la POEI (Préparation Opérationnelle à l’Emploi Individuelle) et l’AFPR (Action de Formation Préalable au Recrutement), qui permettent d’acquérir des compétences ciblées en vue d’un recrutement. Un demandeur d’emploi peut être formé sur mesure afin d’occuper un poste précis. Dans ce cadre, Pôle emploi, l’entreprise et parfois l’AGEFIPH collaborent pour financer la formation et les adaptations éventuelles.
Des aménagements spécifiques sont souvent nécessaires pour permettre une reconversion efficace : changement d’horaires de cours, suivi médical parallèle, supports numériques adaptés, etc. Là encore, il convient de faire reconnaître sa situation de handicap et de monter un dossier argumenté, en expliquant comment ces aménagements vont favoriser la réussite du projet. Les frais liés à ces adaptations peuvent être pris en charge, selon les cas, par l’AGEFIPH, le FIPHFP ou d’autres financeurs locaux.
Vers une approche globale et inclusive
Dans l’absolu, la formation professionnelle pour les personnes en situation de handicap ne devrait pas se résumer à la seule question du financement. Pour être pleinement inclusive, elle demande une coordination entre de multiples acteurs : organismes de formation, structures de financement, employeurs, référents handicap, etc. Une approche globale implique donc de prendre en compte les aspects pédagogiques, matériels, financiers et humains.
Les référents handicap jouent un rôle pivot dans cette synergie. Présents au sein de certaines entreprises ou organismes de formation, ils veillent à ce que la formation proposée soit réellement accessible et adaptée. Ils assurent aussi un suivi régulier, permettant d’ajuster rapidement la formation en cas de difficulté.
Une mission partagée : faire de la formation un levier d’insertion accessible à tous
En tant que professionnel de la formation, vous avez un rôle clé à jouer pour faire de la formation un véritable outil d’insertion professionnelle, y compris pour les publics les plus vulnérables. La connaissance fine des droits, la capacité à mobiliser les bons interlocuteurs, à anticiper les contraintes de montant et de temps, à articuler CPF et financements complémentaires : tout cela fait désormais partie intégrante de votre mission.
Face à la diversité des statuts (salariés, demandeurs d’emploi, apprentis…), des contrats et des besoins spécifiques, il est essentiel d’adopter une approche sur-mesure. Le soutien d’un référent handicap, la coordination avec les financeurs, ou encore l’aménagement pédagogique sont autant de leviers qui, bien utilisés, permettent de lever les freins et de sécuriser les parcours.
S’informer en amont, bâtir des dossiers solides, se positionner comme facilitateur de droits : voilà les clés pour transformer la formation en véritable tremplin professionnel. Car l’enjeu ne se résume pas à un montant ou un contrat, mais bien à l’ouverture d’un avenir professionnel pour toutes et tous.